Un peu d’histoire !

Visite du lycée et du collège Hector Berlioz, des origines à aujourd’hui…

1921. Le cours Alfred de Vigny

Au XIXe siècle, les familles vincennoises soucieuses de faire donner à leurs enfants une formation morale et intellectuelle de qualité n’avaient guère de choix. Peu de Vincennois étaient admis au lycée Charlemagne dans le quartier Saint-Paul à Paris. En l’absence de lycée à proximité, elles devaient recourir aux institutions privées ouvertes dans la commune.

En 1921, le cours pour jeunes filles Alfred-de-Vigny fut fondé dans l’ancienne perception municipale (6 rue Joseph-Gaillard). Il bénéficiait de subventions publiques. Des professeurs venaient du lycée Charlemagne pour enseigner dans cet établissement qui accueillit jusqu’à 200 élèves.

Le visitant en 1929, le recteur Charléty, recteur de l’académie de Paris, souligna la qualité des carrières des anciennes élèves : «Il faudrait qu’un lycée de jeunes filles s’élève avant peu à Vincennes.» Un tel projet ne put se réaliser.

1955. Le projet d’annexe du lycée Charlemagne

1955. Le lycée de garçons vu par P. Sirvin et A. Schmitz, architectes en chef des Bâtiments civils et Palais nationaux.

Le lycée qui allait devenir plus tard le lycée Hector Berlioz connut un long cheminement de 1929 à 1959.

Déjà en 1935, le maire affirmait : «Nous avons obtenu, il y a quelques mois, de Monsieur le Ministre de l’Éducation Nationale, la promesse formelle de la création prochaine sur les terrains municipaux de 6131 m2, à l’angle de la rue de Fontenay et de l’avenue de Vorges d’un petit lycée de filles et d’un petit lycée de garçons. [Un] décret [d’utilité publique a été] signé le 15 décembre 1931 par Monsieur le Président de la République.»

Le projet ne put aboutir, car l’Éducation nationale exigeait la propriété du terrain : le legs de Melle Defrance en interdisait la vente par la ville.

En 1955, le conseil municipal approuva la construction d’un lycée de garçons sur une propriété, 104-108 avenue de Paris, d’une superficie de 13 715 m², acquise par l’État.

En 1955, le ministère de l’Éducation Nationale a fixé le programme de construction d’un lycée de garçons sur des terrains situés sur l’avenue de Paris, à Vincennes, d’une surface de 13 500 m². Le programme prévoyait la construction d’un externat pour 1 300 garçons, dont 850 demi-pensionnaires. Par la suite, le nombre des repas à servir est passé de 850 à 2 700, la cuisine du lycée devant desservir d’autres établissements proches.

Le programme prévoyait 32 classes d’enseignement général, 24 études et permanences, des salles de langues vivantes, d’histoire et géographie, de dessin, etc.. ainsi que des classes scientifiques d’une importance considérable.

Le projet devait comprendre, par ailleurs, des cuisines et réfectoires, l’administration, 2 salles de gymnastique et un gymnase. Enfin, il devait comporter 10 logements et 5 chambres…

1955. Le lycée de garçons vu par P. Sirvin et A. Schmitz, architectes en chef des Bâtiments civils et Palais nationaux.

Finalement, le 1er octobre 1956, s’ouvrait à Vincennes une annexe du Lycée Charlemagne.

Le développement de l’annexe de Vincennes se révéla rapide :

  • 510 élèves en 1957,
  • 1 109 en septembre 1959,
  • 1 354 en septembre 1960, dont 556 demi-pensionnaires, bien que tous les bâtiments ne soient pas encore terminés.
  • En 1961, pour la première fois, des jeunes filles y étaient admises ; l’effectif atteignait alors 1 650 élèves.
Le lycée Berlioz à ses débuts

1962. Le cygne blanc

Le cygne blanc qui se dresse à l’entrée du lycée, côté Avenue de Paris, est une œuvre d’Henri-Georges Adam, réalisée en 1962.

« (…) Lissier, sculpteur, dessinateur, graveur, Henri-Georges Adam dispose, dès lors de toutes ses techniques, qui en tentera parfois, par la suite, la synthèse : ainsi dans ses cuivres burinés et découpés et, plus encore, dans les bronzes et les pierres qu’il couvre de signes gravés, comme jadis ses ancêtres bretons avaient agi avec tels menhirs. Le plus souvent, pourtant, il ne cherche pas à marier les arts différents qu’il pratique, conscient de leur spécificité. Il se contente de les conduire, pour ainsi dire, dans le même sens et du même pas : un pas lent, grave et sûr, qui progresse constamment vers une grandeur accrue et un surcroît de simplicité.

(…) Parvenant à l’intensité par le dépouillement, au grandiose par le simple, à la plénitude par le rudimentaire, c’est un exemple de santé, de grandeur, d’authenticité qu’Adam propose à notre époque, dans le même temps qu’il lui enseigne le chemin pour accéder à ces qualités, à ces privilèges : avoir l’audace, en dépit des modes, et la générosité, d’être orgueilleusement d’être humblement, soi-même…»

Bernard Dorival, extrait de la préface du catalogue de l’exposition Adam. Musée National d’Art Moderne de la ville de Paris – 1966
Le Cygne blanc de Henri-Georges Adam pour le Lycée Charlemagne (Lycée Hector Berlioz aujourd’hui) à Vincennes (1962)

«Toutes les forces viennent de la nature. C’est la mère nourricière qui est là. Il n’y a d’abstrait que les sept figures géométriques»

Henri-Georges Adam (1904-1967)

1963. Le lycée «Hector Berlioz»

L’annexe vincennoise du lycée Charlemagne change de nom. Le 1er janvier 1963, le lycée Hector Berlioz de Vincennes devient autonome.

Ci-dessous, les explications de Georges Mouly, Directeur de l’Annexe du lycée Charlemagne :

«Le souci du nom importe peu dans les villes où un seul Lycée existe. La précédente Annexe de Charlemagne était au Raincy : cette annexe est devenue normalement le Lycée du Raincy.

A Vincennes, la situation est différente. Nous avons déjà le Lycée du Cours de Vincennes (Hélène Boucher), et il y aura un jour prochain le Lycée de jeunes filles de Vincennes : la confusion risquerait d’être fréquente. Nous devons dès maintenant penser au choix d’un nom, pour prendre une option parmi les noms célèbres. Le nom d’un Lycée doit commémorer une gloire incontestable, ce nom doit suggérer un exemple, une leçon pour la jeunesse qui fréquente ce Lycée. C’est ce souci qui a guidé la plupart du temps l’administration dans l’attribution des noms aux établissements secondaires de la Seine.

Quatre grands noms de l’armorial français sont honorés : Charlemagne, Saint-Louis, Henri IV et Louis-le-Grand sont les hauts lieux de la jeunesse intellectuelle et donnent chaque année les meilleurs éléments des Grandes Ecoles. Des noms illustres des sciences et des lettres figurent au fronton de nos Lycées : Arago, d’Arsonval, Claude Bernard, Marcelin Berthelot, Carnot, Chaptal, Condorcet, Marie Curie, Lakanal, Paul Langevin, Lavoisier, Pasteur chez les scientifiques ; Honoré de Balzac, Buffon, Fénelon, La Fontaine, Victor Hugo. Lamartine, Michelet, Molière, Montaigne, Racine, Voltaire pour les littéraires ; hommage est rendu à quelques ministres honorés pour les services rendus au pays : Colbert, Turgot, Clémenceau, et pour le dévouement à l’enseignement : Victor Duruy, Paul Bcrt, Jules Ferry. Le symbole de dévouement à une cause jusqu’au sacrifice suprême est consacré par Hélène Boucher, Jacques Decour, Marcel Roby.

La part faite aux hommes d’état, aux grands hommes des sciences et des lettres est vaste, sans être exagérée. Ces dernières années les responsables de ces dénominations ont jugé bon de rendre un hommage à la gloire d’artistes dont le renom illustre la France dans le monde. Jean-Baptiste Corot a son Lycée dans un cadre digne de ses tableaux, le plus beau et le plus moderne des Lycées parisiens porte le nom de Claude Monnet. Nous aurons bientôt le Lycée Nicolas Poussin, le Lycée Renoir, Cézanne, etc.. Le rôle des peintres dans la culture française est immense, celui des musiciens est non moins négligeable. Et pourtant aucun Lycée de la Seine ne porte le nom d’un des grands compositeurs qui contribuent à notre renommée.

Aussi avons-nous proposé pour ce Lycée de Vincennes, dont l’architecture audacieuse, les couleurs violentes scandalisent certains esprits chagrins, le nom d’un musicien dont la musique fit d’abord scandale avant de s’imposer définitivement, avant d’être admirée sans réserve, avant d’être la pierre de touche des grands orchestres et des grands chefs : Hector BERLIOZ.

La foule des jeunes qui se presse aux concerts, l’élan magnifique des Jeunesses Musicales de France prouvent la passion des lycéens pour la musique. Le Lycée de Vincennes, implanté dans cette ville de proche banlieue où la musique est si souvent à l’honneur, où le succès des «Petits Chanteurs» confirme le bon goût des Vincennois, doit porter le nom d’un des plus grands musiciens français, de celui qui exerce sur la jeunesse d’aujourd’hui une forte et saine influence.

Quand Monsieur le Député-maire de Vincennes, et les membres de sa municipalité, ont visité l’Annexe, nous leur avons fait part de ce projet de dénomination : tous ces messieurs l’ont pleinement approuvé. L’administration est favorable à cet hommage rendu à l’illustre compositeur.

C’est aux élèves qu’il appartiendra de se montrer dignes émules de l’énergique Hector Berlioz qui a brisé toutes les barrières dressées contre l’élan fantastique de son génie.»

G. MOULY, Directeur de l’Annexe

Le lycée avant la rénovation

2007. Le projet de rénovation

Après quatre années de travaux, la cité scolaire Hector Berlioz a été inaugurée le 24 octobre 2007 par le Président de la région Ile de France, le maire de Vincennes, l’Inspecteur d’académie représentant du Recteur et le Proviseur du Lycée.

La rénovation avait commencé par la construction, sur le parking des professeurs qui fut supprimé, de l’aile du collège précédemment situé de l’autre côté du RER, dans des locaux prêtés par la Ville.

Les travaux devant se faire alors que le lycée était «en activité», le bâtiment fut divisé en trois tranches verticales. Pendant les trois années du chantier, les cours eurent lieu à tour de rôle dans le bâtiment nouvellement construit. Et ce n’est qu’à la rentrée 2007 que les collégiens purent enfin intégrer leurs nouvelles salles.

2019. Vues de Berlioz

Sources :

  • Le Carolingien n° 99, 180 ; “A Vincennes, le nouveau lycée de garçons” – La construction moderne 1959
  • Une histoire de Vincennes – Mémoire pour l’an 2000 – J. Chapelot, C. Troquet, C. Kauffmann, T. Quérillac, J.M. Quenet

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